L’actualité la plus brulante actuellement sur le marché des pays émergents concerne bien évidemment la Russie et l’Ukraine. L’économie russe menace de rentrer en récession cette année, avec une perte de près de 2% de PIB, accompagnée de tensions inflationnistes. Mais c’est plus directement l’Ukraine qui pourrait le plus pâtir de cette guerre civile. Les partenaires commerciaux du pays sont d’abord inquiets des répercussions sur l’activité agricole. Le conflit a atteint la ville d’Odessa, où des affrontements ont fait 40 morts en début de mois. Or Odessa est le premier port céréalier du pays. La récolte de l’année prochaine pourrait également être perturbée, du fait de l’effondrement de la hryvnia, la monnaie ukrainienne. Sa chute ne permet plus aux agriculteurs d’acheter suffisamment d’engrais, ce qui devrait se traduire par une baisse de 16% de la production de blé en moins. L’Ukraine est le huitième exportateur mondial de blé.

Des tensions sont également prévisibles sur le marché du titane, secteur stratégique pour l’aéronautique français. Comme l’a souligné Marwan Lahoud, le président du Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales), la Russie fournit 50% du titane. Alors que le président de VSMPO, le producteur russe de titane, a été la cible des sanctions américaines, la Russie pourrait être tentée de réduire ses exportations.

Plus globalement, l’inquiétude autour de la chute de l’économie russe est en train de dépasser les seuls protagonistes du conflit. Après l’Ukraine, ce sont les pays du Caucase et d’Asie Centrale qui s’inquiètent de la baisse des exportations russes et du rétrécissement de ses marges financières. Certains analystes estiment même que le ralentissement russe pourrait affecter la croissance de certains pays d’Amérique Latine et d’Asie en renforçant la perception du risque sur les marchés émergents chez les investisseurs.

Varsovie et Prague rebondissent

La situation de cette partie de l’Europe de l’est contraste fortement avec la bonne santé de deux des pays émergents que compte l’Europe, la Pologne et la République Tchèque. Paragon de vertus financières, ces pays ont conservé un taux d’endettement sous les 60% du PIB (93% en moyenne dans la zone euro fin 2013), ces pays sont en train de profiter à fonds de la reprise européenne. Les exportations tchèques ont notamment bondi, tirées par la montée en puissance de l’industrie allemande.

La situation a leur frontière risque de renforcer leur ancrage à l’ouest, et de créer une Europe de l’est à deux vitesses.