Camille Lecomte, chargée de campagne « Modes de production et de consommation responsables » au sein des Amis de la Terre, nous éclaire sur les opportunités et les défis de la collecte et du recyclage des déchets électriques et électroniques en France.

Au sein des Amis de la terre, vous suivez entre autres l’état de la collecte et du recyclage des déchets d’équipement électriques et électroniques (DEEE) en France. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La filière existe depuis 2006 en France, date depuis laquelle nous sommes censés recycler tous nos appareils électriques et électroniques (DEEE). Or, dans la réalité, notre pays ne collecte qu’un tiers de ses DEEE.

Sur l’ensemble des DEEE effectivement collectés, entre 30 et 35% le sont par l’intermédiaire d’éco-organismes tels qu’Eco-systèmes ou Ecologic. Sur les 70% restants, entre 15 et 20% passent dans la filière complémentaire, autrement dit la filière non-agréée. 10 à 15 % seraient exportés. Puis 5 à 15% des déchets seraient collectés avec les ordures ménagères et les encombrants, en majorité des petits produits tels que les téléphones portables et les jeux d’enfants. Ceux-là sont perdus, et partent directement à l’incinérateur. Enfin, une part comprise entre 15 et 20% de déchets n’est attribuée, ni à l’export, ni à la filière complémentaire. On ne connaît pas leur destination.

En résumé, la collecte est le premier maillon de la filière du recyclage car elle conditionne la dépollution et le recyclage, mais elle est loin d’être performante. Précisons que les statistiques citées plus haut ne sont relatives qu’aux déchets ménagers. Pour les déchets professionnels, les chiffres, s’ils étaient connus, seraient certainement bien pires.

Qui faut-il blâmer ?

Nombreuses sont les grandes entreprises de vente à distance à le faire quasiment rien pour assurer la reprise des déchets électriques et électroniques. Ces sociétés sont à la limite de la légalité, car elles devraient à minima assurer la reprise un pour un. Il n’y a toujours aucune action de la part de la DGCCRF, et le Ministère de l’Ecologie promet un changement depuis plusieurs mois, qui n’arrive toujours pas.

Ne pourrait-on pas mettre en place des mécanismes incitatifs auprès du grand public, afin d’améliorer la collecte ?

On peut multiplier les campagnes de communication, mais il y aura toujours une partie de la population que nous ne toucherons pas. De ce point de vue, l’exemple du tri des emballages plastiques et des cartons est révélateur.

Une solution alternative pourrait consister à augmenter légèrement le prix des produits, tout en mettant en place un système de consignes. Les consommateurs pourraient alors récupérer un pourcentage du montant payé, à partir du moment où ils rapportent le produit au point de collecte. Cette option est envisageable, car aujourd’hui, l’éco-contribution est visible à l’achat d’un produit électrique ou électronique. Les usagers savent déjà qu’ils payent pour la gestion en fin de vie. Ils sont peut-être disposés à payer d’avantage à l’achat, mais en récupérant la différence lorsqu’ils rapportent le produit en fin de vie.

Et qu’en est-il du recyclage des DEEE en France?

Selon l’ADEME, seul 20% des DEEE sont effectivement recyclés.

C’est faible…

La directive européenne sur les DEEE précise clairement que les fabricants doivent communiquer sur les matériaux contenus dans leurs produits. Or, ceux-ci ne la respectent pas toujours. En effet, afin de pouvoir recycler un écran plat, un éco-organisme comme Ecosystème doit procéder à des analyses chimiques par manque d’information sur les matériaux contenus dans les produits. Les fabricants se réfugient souvent derrière le secret industriel, bien que la chaine du recyclage en soit impactée. Le même problème se posera lorsque les tablettes et les smartphones arriveront sur les chaines de recyclage. Il s’avère donc nécessaire que les Eco-organismes ou l’Etat français se montrent plus fermes vis à vis des fabricants et leur imposent de respecter leurs obligations, en dévoilant à minima le contenu de leurs produits.

Un autre problème provient de l’absence de dépollution. Certains DEEE nécessitent des opérations de dépollution préalables : retrait des fluides frigorigènes ou de certains types de condensateur. Encore trop souvent, ces DEEE sont broyés, avant toute opération de dépollution, avec les véhicules hors d’usage (VHU).

Quel impact a eu la mise en place de l’éco-contribution sur le recyclage des produits ?

Du point de vue de l’éco-contribution, l’instauration d’un système de bonus et de malus doit permettre de faire émerger les bonnes pratiques ou au contraire de sanctionner les mauvaises. La commission consultative d’agrément sur les déchets électriques et électroniques, dont les Amis de la Terre sont membres, a établi des critères modulés sur l’absence de toxicité ou à la réparabilité. Par exemple, un produit qui contient du plomb ou qui ne dispose pas de chargeur universel se verra attribué un malus. A l’inverse, un produit qui met à disposition les pièces détachées pendant dix ans se verra attribué un bonus.

Quels sont les freins à la valorisation de notre filière du recyclage ?

Nos biens contiennent toujours plus de métaux, il y en a plus de 40 dans un smartphone. Or nous ne savons en recycler actuellement que 17. Il est nécessaire d’investir dans la R&D et l’innovation pour recycler davantage de métaux. Cependant, nos produits électriques et électroniques évoluent tellement rapidement que les constructeurs n’ont pas toujours intérêts à investir, d’autant plus que les matières premières primaires sont encore relativement bon marché en raison de l’absence de la faiblesse des législations sociales et environnementales de certains produits.

De plus, lorsqu’on parle de déchets électriques et électroniques, on ne peut pas penser qu’aux seuls métaux : le plastique est ainsi très dépendant du cours du pétrole. N’importe quel recycleur vous dira qu’il n’y a aucun intérêt à recycler si le cours du pétrole est bas.

A quel niveau les entreprises peuvent-elles agir pour améliorer la collecte et le recyclage en France ? Comment peuvent-elles réinventer les modèles de production actuels ?

Le marquage des produits par les fabricants est une solution à envisager. Indiquer d’où vient le produit, en quelle année il a été fabriqué et ce qu’il contient peut permettre d’augmenter la productivité de notre chaine de recyclage. Par exemple, le mercure a été utilisé pendant 2 ou 3 ans dans les lampes à rétro-éclairage des ordinateurs portables. Cela oblige actuellement les recycleurs à rechercher du mercure sur quasiment tous les ordinateurs. Les coûts de traitement des déchets et de dépollution s’en trouvent augmentés, ce qui favorise leur exportation.

Une autre piste est l’amélioration des normes d’éco-conception, d’avantage orientées vers la longévité des produits. La conception de produits plus durables, réparables, et intégrant des matières recyclées est un sujet auquel de plus en plus d’acteurs commencent à s’intéresser. SEB essaie ainsi de développer des EEE (Equipements électriques et électroniques NDLR) à partir de plastique recyclé, qui pourra leur assurer un avantage compétitif lorsque le cours du pétrole remontera. Ils travaillent également sur la « réparabilité » du petit électroménager (grilles pains, bouilloires…). On peut également citer l’initiative Fair Phone, dont le but est de rendre plus transparente la chaine d’approvisionnement des métaux.

 

Sources de l’image: Popscreen.com