Depuis quelques années, la politique minérale indonésienne fait écho à la stratégie adoptée par la Chine à l’endroit des terres rares. En témoigne un récent embargo sur les exportations de nickel et la création d’une bourse de l’étain (ICDX) pour contrer la mainmise du London Stock Exchange sur les cours de ce minerai high-tech. M. Sukhyar Raden, directeur général en charge des ressources minérale au sein du Ministère de l’Energie indonésien, nous éclaire sur les fondements et la mise en application de ce nationalisme des matières premières.

On observe des similarités entre les stratégies chinoise et indonésienne en matière d’exportation de minerais. Votre politique s’inspire-t-elle de la Chine ?

Pas du tout. Nous exportons une grande quantité de matières premières à l’étranger depuis le début du 20ème siècle, telles que le nickel et la bauxite. Au début des années 2000, nous avons réalisé qu’il était grand temps de développer nos industries en aval, plutôt que de nourrir celles de nos concurrents. En effet, la forte croissance de notre population nous pousse à augmenter les bénéfices et la valeur ajoutée de nos ressources minérales.

Ainsi depuis 2009, la loi sur l’exploitation minière du charbon et des minéraux interdit l’exportation de minéraux non transformés, et ce afin d’encourager le raffinage du minerai et la production de métal. Désormais, le minerai est transformé en métal sur notre propre territoire, afin de répondre, notamment, à la demande mondiale d’alliages ou d’aciers inoxydables.

Vous vous inscrivez donc dans un phénomène global, tendant à privilégier le nationalisme des ressources ?

Nous devons effectivement assurer la souveraineté de nos ressources. Les mesures mises en place par le gouvernement doivent ainsi découler de nos propres intérêts économiques, et ne pas être dictées par ceux d’autres pays. Cela ne signifie pas que nous méprisons les intérêts des investisseurs étrangers. Seulement qu’ils ne sont désormais plus les seuls à rentrer dans l’équation.

Qu’en est-il de l’étain, dont vous êtes l’un des premiers producteurs et exportateurs mondiaux ?

L’étain est un minerais très important pour notre pays. La production indonésienne représente 30% du marché mondial. Le moindre changement en termes d’approvisionnement pourrait en affecter le cours. La question à se poser est donc celle de la régulation de l’échelle de production. Il s’avère bien sûr nécessaire de la réguler, afin de maintenir le prix de l’étain à un niveau raisonnable, et d’en rendre son exploitation durable.

Cette politique pourrait elle créer des tensions sur le marché des minerais?

Cela pourrait être le cas. A la fin, la conséquence serait la montée des prix de l’étain, et nos partenaires pourraient se tourner vers d’autres pays comme ceux d’Amérique du Sud, d’Afrique, ou même d’Asie comme le Myanmar, le Cambodge ou le Laos…

Concernant la transformation du nickel à destination des industries en aval, il manque encore à l’Indonésie de nombreux outils de transformation. Quels sont vos objectif, compte tenu du retard que vous accusez sur votre agenda de départ ?

Le gouvernement a seulement initialisé une politique de développement d’outils de transformation de nickel l’année dernière. D’ici la fin de l’année, douze fonderies de nickel seront opérationnelles.