Les éco-organismes Recylum et Eco-systèmes ont récemment crée une base de données environnementales dédiées à la fin de vie des équipements électriques et électroniques, avec le soutien de l’Ademe. Un projet pionnier en Europe, qui servira à guider les producteurs dans leur démarche d’éco-conception. Cette initiative s’inscrit dans le principe de responsabilité élargie du producteur, sur lequel nous éclaire Jean de Beir, Maître de conférences à l’Université Evry-Val-d’Essonne et économiste de l’environnement.

Aujourd’hui, quels sont aujourd’hui les grands enjeux de l’économie circulaire et du recyclage des métaux stratégiques ?

De nos jours, il me paraît essentiel d’arrêter d’opposer protection de l’environnement et croissance économique. Le recyclage s’inscrit en effet dans une économie durable et verte, qui rend possible la production à l’aide de ressources déjà utilisées. Il est donc tout à fait faisable de créer de la valeur ajoutée tout en minimisant les impacts collatéraux sur l’environnement.

De plus, dans le cadre de l’Union européenne, se pose principalement à l’horizon 2050 le problème de la disponibilité des ressources et des matières premières pour l’industrie. La feuille de route Collecte, tri, recyclage et valorisation des déchets de l’ADEME établie en 2011 souligne très clairement ce risque de dépendance extérieure de l’Union Européenne. Ainsi la production de métaux issus des terres dites rares est ainsi contrôlée à plus de 90% par la Chine.

Comment peut–on récupérer ces métaux stratégiques?

Plusieurs solutions se dessinent pour la récupération des métaux stratégiques. Nous avons la possibilité d’exploiter les flux actuels de déchets électriques et électroniques constitués par les ordinateurs, les écrans plats, les téléphones portables etc.

Mais il est également envisageable, d’ici une dizaine d’années, d’explorer les anciennes décharges, où se trouvent des stocks antérieurs à la mise en place des programmes de recyclage il y a vingt ans. Tout en cherchant des matières premières vierges, on procèderait à la récupération de matières secondaires enfouies.

Qu’en est-il de la collecte des DEEE (déchets d’équipement électriques et électroniques) en France ?

En France s’applique le principe de responsabilité élargie des producteurs. Le producteur est ainsi en partie responsable de la récupération et de la valorisation des déchets qui résultent de la vente de ses produits. Une éco-redevance est payée par le client à l’achat du produit, et ensuite reversée à des éco-organismes par l’entreprise productrice. (Ces éco-organismes sont agréés par l’Etat pour organiser la collecte, la dépollution et la valorisation des déchets ndlr), via le financement versé aux collectivités territoriales. Ce principe du pollueur payeur s’applique ainsi également dans le domaine des DEEE. Il existe à ce jour trois éco-organismes spécialisés dans les DEEE en France : Ecologic, Eco-systèmes et Recyclum (ndlr spécialisé dans la collecte et le recyclage des lampes usagées).

Est-ce suffisant ?

Il me semble que l’éco-redevance, qui sert à financer le surcoût de la collecte sélective et à soutenir les entreprises en charge du démantèlement des DEEE, n’est pas assez élevée. Il faudrait l’augmenter afin d’aider d’avantage à la récupération des déchets par les collectivités, à leur tri et à leur démantèlement dans des conditions propres.

Il faut en effet souligner que l’utilité de l’éco-redevance dépend fortement de la conjoncture des prix des métaux. Les entreprises de démantèlement et de récupération spécialisées dans les métaux vivent en effet de la revente des matériaux. Lorsque le prix des métaux s’effondre, et que le coût marginal de récupération est élevé, l’éco-redevance s’avère être pour ces entreprises un soutien essentiel à la bonne organisation du tri et du démantèlement des DEEE, en assurant sa continuité. Théoriquement, une redevance optimale est censée refléter le coût social du produit, à savoir l’addition du coût privé et du coût externe subi par les victimes des nuisances.

Que va permettre la création d’une base de données environnementales dans la gestion de la fin de vie des DEEE ?

Cette initiative d’Eco-systèmes et de Récylum, en concertation avec l’ADEME, doit permettre aux opérateurs de la collecte et du traitement des DEEE de faire remonter aux producteurs des équipements concernés la nature des difficultés qui surviennent lors des opérations de récupération, de démantèlement et recyclage des biens usagés. Ces informations pourront alors favoriser des processus d’éco-conception qui assureront une plus grande efficacité du recyclage des différents matériaux, en termes de taux et de coûts de récupération.

Il y a t-il d’autres moyens de rendre la collecte plus efficace?

Il me paraît nécessaire d’améliorer la qualité du tri des déchets en France, afin d’en baisser les coûts. Si l’on veut arriver à une qualité de tri optimale, il faut que la séparation des déchets se fasse le plus en amont possible, c’est-à-dire chez le ménage, grâce à l’organisation de collectes spécifiques pour les DEEE. Pour les communes, cela entraîne des coûts logistiques et de communication importants auprès des usagers. Elles ne procéderont à ces changements que si le produit de l’éco-redevance augmente.