La France profitera-t-elle de l’internationalisation du yuan ?

 

Fin juin la Banque de France a signé un protocole d’accord avec son homologue chinoise dans le but de créer prochainement un système de paiement en monnaie chinoise dans l’hexagone. La France devrait bientôt se doter d’une chambre de compensation en RMB (« Renminbi », monnaie du peuple, ou yuan). Cet accord est un nouveau pas en avant pour la Chine vers l’internationalisation de sa monnaie. Non convertible, la monnaie chinoise est encore très peu utilisée dans les échanges commerciaux. Pour preuve, l’année dernière, seulement 0,74% des paiements mondiaux étaient libellés en yuan, loin devant l’euro (36,9%) et le dollar (35,78%)_.

Il ne fait toutefois pas de doute que le pouvoir a bien l’intention de rendre sa monnaie convertible un jour. Un institut des affaires monétaires d’une université chinoise a d’ailleurs annoncé que l’internationalisation du Renminbi dépassera d’ici 3 ans celle du yen et de la livre sterling_. L’évènement fait saliver les investisseurs, tant le marché est potentiellement gigantesque. Pour rappel, il s’échange sur le marché spot l’équivalent de 5 trillions de dollars par jour_.

Pour préparer cette internationalisation Pékin s’est lancé dans une opération séduction envers les grandes places financières internationales. Ainsi après Hong Kong, Singapour et Taipei, le pays s’est tourné vers l’Europe. C’est l’Angleterre qui la première s’est précipitée en Chine pour conclure un accord. La City traite 60 % des transactions off­shore en yuans en dehors de Hong Kong, et espère bien un jour concurrencer Hong Kong sur le marché des devises. Mais en mars dernier Francfort a coiffé Londres au poteau en devenant le premier hub officiel des paiements en Renminbi. La Bundesbank et la Banque populaire de Chine ont effectivement signé un accord pour la création d’une chambre de compensation quelques jours avant un accord similaire de la banque d’Angleterre. Sur le continent c’est le Luxembourg qui mène les discutions les plus avancées avec Pékin pour créer une chambre de compensation. Ces villes devraient donc bientôt être rejointes par la France. Paris a d’ailleurs une carte à jouer devant les phares de la finance que sont Francfort ou Londres.

 

L’avantage français

Le pays dispose d’un avantage dans le secteur des dépôts bancaires. Paris est un grand pôle d’Europe continentale sur ces dépôts, qui atteignent 20 milliards de Renminbi. Cité par les Echos, le directeur des opérations des marchés financiers pour la Bank of China en France, Philippe Bourguignon, souligne même que Paris est le troisième centre pour le yuan offshore pour sa banque, derrière Honk Kong et Macao, et loin devant Londres_. D’ailleurs, 20% du commerce franco-chinois est déjà libellé en Renminbi. L’explication est assez simple, Paris sert de lieu de transaction pour les échanges entre la Chine et l’Afrique. Fort de cet avantage Paris pourrait concurrencer Londres, du moins sur les échanges strictement commerciaux. L’importance de ces dépôts pourrait également être un avantage pour rivaliser notamment avec le Luxembourg comme hub des échanges de Renminbi sur la zone euro. Il reste toutefois que le financement en France passe majoritairement par les banques, alors que c’est par les marchés actions et obligations que les perspectives d’échanges avec la Chine sont les plus prometteurs.

L’utilisation croissante du yuan aurait un autre avantage, d’ordre politique. Le directeur de la Banque de France Christian Noyer a rappelé mi juin que la France pourrait arrêter d’utiliser le dollar dans ses échanges avec la Chine, en réponse à l’enquête en cours des États-Unis sur BNP Parisbas [le verdict rendu depuis représente une amende de 6,4 Mds€ pour la banque française] pour avoir utiliser le dollar dans des échanges avec l’Iran et le Soudan. En écho à ces menaces déguisées, plusieurs sociétés russes ont également fait savoir leur intérêt pour accroitre les transactions en Renminbi et en autres monnaies asiatiques, alors que les tensions entre leur pays et les États-Unis notamment dans l’épisode ukrainien paralyse l’activité. Le Renminbi, plus qu’une opportunité économique, est aussi une arme politique que l’Europe et la Chine semble prête à utiliser.