Les négociations autour de la zone de libre-échange transatlantique entamées l’année dernière se sont poursuivies ce mois-ci. Les principaux points de discussions portent sur la chimie, l’automobile, le numérique ou encore l’agriculture. Les européens espèrent en particulier avoir accès aux marchés publics américains. Toutefois la route vers un accord reste longue.

Les dernières études ont d’abord relativisé les gains économiques à attendre d’un tel accord. La Commission Européenne les a estimés à 1% du PIB européen selon l’option optimiste. Le centre de recherche français en économie (CEPII) a seulement 0,3%. Ensuite plusieurs secteurs posent encore problème. A côté de la question du numérique, un secteur concentre les inquiétudes, l’agriculture. Le spectre d’une invasion du bœuf aux hormones, du poulet au chlore et bien entendu des OGM a été brandi par plusieurs opposants européens à l’accord.

Si la France pourrait sortir gagnante de cet accord sur le plan industriel, les États-Unis sont déjà la première destination des industriels français après l’UE à hauteur de 2,9 milliards de d’euros, son agriculture a tout à craindre de cet accord. C’est plus particulièrement le cas dans l’élevage, où la viande bovine US est encore taxée à hauteur de 146% par l’UE.

Résultat les négociations pourraient à nouveau s’embourber dans les mois à venir, alors que la contestation s’organise. Pour rappel, cela fait 20 ans que les deux blocs économiques tentent de nouer un partenariat économique. Le processus s’est régulièrement grippé au grès des tensions entre les pays, de la deuxième guerre en Irak à l’amende contre BNP Paribas, en passant par les révélations d’Edward Snowden.

Toutefois la question de l’abaissement des tarifs n’est pas forcément le premier enjeu de l’accord. Mise à part certaines filières, les tarifs douaniers sont en moyenne autour de 3% de chaque côté de l’Atlantique. C’est surtout l’uniformisation des normes et des réglementations qui est au cœur des négociations. Et ce nouvel enjeu oblige à accélérer le calendrier.

La bataille des normes

Le principal frein aux échanges transatlantique concerne la diversité des normes dans chacun des pays. Un constructeur automobile est par exemple obligé actuellement de développer un système de sécurité selon les règles américaines s’il veut exporter, quand bien même le système a déjà été développé une première fois en Europe. Une harmonisation ferait économiser ce délai, et conduirait au final à une réduction du cout de fabrication.

Plus largement, si l’UE n’harmonise pas ses règles avec celles des États-Unis, il y a un risque que Washington les harmonise avec un autre bloc. Le pays négocie en parallèle avec l’Asie un accord de libre échange, l’Accord de partenariat trans-pacifique (TPP), et les règles portant sur les mouvements de capitaux ou la concurrence ont déjà été abordées. Une absence des européens sur ce terrain conduirait les États-Unis à fixer seuls les règles pour le reste du monde, ce qui privilégiera en premier lieu les sociétés américaines.